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Le nouveau débat : dormir ou pas avec ses enfants ?

15 Juil 2015

 

Les Américains l’appellent le " family bed " – traduisez le " lit familial " – ou parlent de " co-sleepers " : ceux qui dorment ensemble. Le principe est simple : dès sa naissance, l’enfant dort dans le lit de ses parents et ce, jusqu’à ce qu’il décide, généralement vers 6 ans, d’aller dormir ailleurs, en l’occurrence dans une chambre à lui. Il est censé revendiquer de lui-même son autonomie, au moment opportun.

C’est aux Etats-Unis que ce comportement a d’abord émergé, avec la parution, en 1978, de The Family Bed, le livre de Thine Thevenin, une ancienne animatrice de la Leche League, qui milite avec ferveur pour l’allaitement maternel. Elle y présente le lit familial comme un excellent moyen de faciliter l’allaitement et de veiller sur un enfant trop immature pour être livré à un sommeil solitaire. Vingt ans après, les partisans de ce mode de vie n’ont pas disparu. Ils se sont même mis à la page en créant plusieurs sites Internet anglophones dédiés au family bed.

Qui choisit le family bed ?

Qui sont les parents qui, en France, dorment systématiquement avec leurs enfants ? En l’absence d’étude sociologique, il est difficile de les quantifier et d’établir leur profil. Les plus " visibles " se trouvent logiquement dans le sillon de l’antenne française de la Leche League. En effet, le lit familial semble correspondre à la volonté d’allaiter sur une longue période.

Ainsi, la petite Nastia, âgée de 22 mois, soulève-t-elle régulièrement le pull de sa maman, Isabelle, 31 ans, pour téter. Et il arrive parfois que Simon, 4 ans, ait encore besoin de prendre le sein de Dominique, 44 ans, pour s’endormir. Deux mères qui considèrent que le lit familial participe d’un tout destiné à assurer le meilleur maternage possible de leur enfant.

Isabelle, sans profession, raconte : " Dès sa naissance, Nastia a dormi dans notre chambre, car nous ne disposons que d’un deux-pièces. Au début, je cherchais à la remettre dans son petit lit après l’allaitement, mais il n’était pas rare que je m’endorme avec elle. Puis je me suis aperçue que le lien s’établissait mal avec ma fille : elle pleurait beaucoup. La découverte de la Leche League a constitué un déclic. Au bout de six mois, Nastia est venue dans notre lit. D’emblée, elle est devenue plus calme et de meilleure humeur. "

L’intimité des parents

Comment préserver l’intimité des parents quand l’enfant " squatte " le nid conjugal ? Sur un ton léger, Anton, 31 ans, le mari d’Isabelle, serveur, reconnaît que " le canapé est moins confortable que le lit ! " Sa moitié concède : " C’est vrai que, pour le moment, on est dans une position de déséquilibre en faveur de Nastia. Dans le lit, le contact physique est entravé du fait de sa présence entre nous deux. Nous sommes contraints de planifier les rapports amoureux. "

Frédéric, l’époux de Dominique, informaticien de 46 ans, s’attribue un rôle pivot dans le processus devant aboutir à la fin de la chambre partagée : " Je ressens, plus tôt que ma femme, le besoin de mettre de la distance. J’ai la sensation qu’à 2 ans un enfant est capable de s’éloigner. J’aimerais bien qu’on commence par écarter le lit de Simon de quelques centimètres. " Pour autant, aucun des hommes de ces couples n’envisage de faire passer son confort avant celui du petit.

Pourquoi ce choix ?

Les partisans du family bed se recruteraient-ils uniquement au sein d’une population conjuguant accouchement naturel, allaitement prolongé, homéopathie et nourriture bio ? Pas si sûr, répond Edwige Antier, l’une des rares pédiatres à approuver le lit commun : " De plus en plus de parents ne laissent plus leur enfant pleurer et le prennent dans leur lit, selon des modalités variables. Mais ils le vivent avec un grand sentiment de culpabilité. Je fais partie de ceux qui leur disent que ça ne constitue pas un problème jusqu’à l’âge de 3 ans et que l’enveloppe formée par les bras des parents doit s’ouvrir progressivement. " De fait, on n’avoue pas facilement que l’on prend son enfant dans sa chambre ou son lit. Même les couples rencontrés par l’intermédiaire de la Leche League avouent être en général assez discrets sur cet aspect de leur vie familiale.

Reste qu’ils trouvent à ce comportement plusieurs avantages dont le plus contesté demeure celui d’une prétendue prévention de la mort subite du nourrisson (MSN). Pour Elisabeth Briand, qui travaille au service de pédiatrie et réanimation néonatale de l’hôpital Antoine-Béclère, à Clamart, " il n’est pas prouvé que le partage du lit soit associé à un risque plus faible de MSN. Et pour que cela soit considéré sans danger, il faudrait être sûr que l’enfant reste sur le dos, le visage dégagé, à l’air libre, qu’il ne soit pas recouvert d’une couette, que les parents ne fument pas, etc. Et on a vu des cas, certes rarissimes, de nouveau-nés posés contre la mère endormie et décédés par apnée obstructive. Il n’est donc pas recommandé de s’endormir avec un tout-petit dans un lit. La question est tout à fait différente quand l’enfant dort dans son lit à lui, à côté de celui des parents. Cela peut les rassurer et leur permettre de réagir plus rapidement en cas de problème. "

Le débat

Les co-sleepers ne sont pas à court d’arguments pour défendre leur thèse. Ils avancent qu’en d’autres temps le partage du lit était monnaie courante. Yvonne Knibiehler, historienne et auteur d’une Histoire des mères et de la maternité en Occident (PUF, 2000), objecte cependant : " On peut trouver trace de la recommandation d’un berceau propre à l’enfant dès le IIe siècle après Jésus-Christ, chez le médecin grec Soranos. Et l’injonction s’est faite plus forte au XVIIe siècle. On redoutait alors que certains parents pauvres ne fassent passer un infanticide pour un étouffement accidentel. Le christianisme a également imposé sa méfiance du corps à corps. Puis est venue la psychologie qui, bien avant Freud, a introduit la notion de pudeur entre les générations. La psychanalyse n’a fait qu’accentuer ce mouvement. "

Le débat est donc ouvert entre partisans et adversaires du family bed, qui globalement s’affrontent de part et d’autre de l’Atlantique. La tradition française, éclairée par la psychanalyste Claude Halmos, y voit un danger sérieux pour l’équilibre psychique de l’enfant. Les Américains eux, représentés par David Servan-Schreiber, psychiatre travaillant aux Etats-Unis et fervent défenseur de la méthode, avancent le pragmatisme d’une relation rendue plus facile avec l’enfant. Et vous, êtes-vous pour ou contre le family bed ?

Pour ou contre

Nous avons demandé à deux de nos chroniqueurs leur avis sur la pratique du lit familial. Et ils ne sont vraiment pas d’accord.

Pour : David Servan-Schreiber, psychiatre

“Les enfants sont plus indépendants et plus chaleureux”

Les enfants naissent avec un tempérament bien défini (1). 40 % d’entre eux sont " faciles ", sociables, autonomes, adaptables. 10 à 20 % sont " difficiles " : ils pleurent dès qu’on les pose, ont peur des étrangers, tolèrent mal toute séparation, même brève, d’avec la figure parentale principale. Le reste se situe entre ces deux extrêmes. Pour les enfants dits difficiles, somme toute assez nombreux, la pratique du lit familial – ou au moins contigu à celui des parents – est appelée à devenir la norme plutôt que l’exception. Et je crois fermement que les parents, et les enfants, ne s’en porteront que mieux. " Ton bébé fait-il ses nuits ? " est sans doute l’une des questions les plus posées aux nouveaux parents. Elle touche au cœur de l’équilibre fragile de la toute nouvelle relation parents-enfant. Le nouveau-né est un être complètement désemparé, mais dont les besoins biologiques s’expriment haut et fort : notamment celui d’être sécurisé par la présence d’un adulte protecteur. Dans les sociétés modernes, la nuit, cette double demande du nourrisson s’oppose directement au besoin de sommeil – biologique lui aussi – des parents.

Depuis l’avènement des mammifères sur Terre, il y a cent millions d’années, et jusqu’au XIXe siècle, ce conflit n’avait pas de raison d’être. En effet, il est automatiquement résolu lorsque la mère allaite son enfant et le garde près d’elle pendant qu’elle dort. Et, de fait, les parents qui gardent leur nouveau-né à proximité – dans leur lit ou dans un lit de bébé près du leur – sont plus satisfaits de leur sommeil que ceux qui ont choisi de le faire dormir dans une chambre séparée. De leur côté, les enfants pleurent moins et s’endorment plus facilement (2) à. D’ailleurs, combien de fois en avez-vous fait l’expérience en vous endormant près de votre bébé ? Dix ou vingt ans plus tard, les enfants du family bed se décrivent comme plus indépendants que leurs pairs, plus chaleureux et plus proches de leurs parents. Leur sexualité serait aussi plus épanouie (3). Une étude sur Internet (4) portant sur quelque deux cent cinquante parents ayant pratiqué le lit familial, a révélé que 99 % des interrogés referaient le même choix sans hésiter ; que 100 % des enfants ayant grandi dans ces conditions élèveraient certainement leurs propres enfants de la même manière. Chiffres à manier avec précaution, car les personnes interrogées l’ont été par l’intermédiaire d’organisations favorables au lit familial comme la Leche League. Ils restent toutefois impressionnants.

“Cette promiscuité se paye toujours par l’angoisse”

Contre : Claude Halmos, psychanalyste

“Cette promiscuité se paye toujours par l’angoisse”

Pourquoi tant d’opposition à l’idée même du lit familial ? D’abord l’inquiétude légitime des parents. Qu’advient-il de l’intimité du couple ? Le principal obstacle à son intimité sensuelle, c’est… d’avoir des enfants. Quel que soit l’endroit où ils dorment ! La pratique du lit familial oblige simplement les parents à faire l’amour ailleurs que dans leur lit : par terre sur une couverture, dans le salon, la cuisine, la salle de bain, sur la table de la salle à manger, etc. Dans leurs témoignages, les parents indiquent souvent que cet abandon forcé de leur routine a été la meilleure forme de stimulation de leur imagination depuis leurs premiers ébats. De plus, l’enfant se couchant plus facilement, l’intimité du couple bénéficie automatiquement de ce gain de temps et d’énergie.

Les esprits plus académiques se poseront certainement aussi la question de l’inceste. Le contact physique entre parents et enfants, la nuit, dans un lit, ne favorise-t-il pas la possibilité de rapports sexuels incestueux ? A ma connaissance, il n’y a pas de données solides sur ce sujet. Ce que l’on sait avec certitude, c’est que, pour la plupart, les rapports sexuels incestueux sont commis par des beaux-pères, oncles et cousins, bien plus que par le père ou la mère pour qui le lien affectif et génétique établit un tabou beaucoup plus fort. Ce n’est pas un acte " accidentel " déclenché par une intimité physique qui relève avant tout de l’affection parentale. Au contraire. D’ailleurs, les victimes de l’inceste sont souvent des enfants négligés, maltraités, isolés, et non ceux dont on écoute les besoins et les pleurs.

Pour finir se pose la question du sevrage. " Combien de temps devrons-nous le garder dans notre chambre ? " Il n’y a pas de réponse précise à cette question. Entre 2 et 6 ans, d’après les témoignages. Mais, surtout, le sevrage se fera progressivement, avec des périodes temporaires de régression, comme pour toutes les autres fonctions biologiques en développement chez l’enfant (le contrôle des sphincters, le nombre d’heures tolérées en voiture, etc.). Un enfant de 10 ans a besoin de son propre espace. Un enfant de 4 ans, moins. Un nourrisson, pas du tout. A un moment, entre la naissance et la prépuberté, chacun fait la demande de son territoire à lui, et il est important d’y répondre. Un jour, tout naturellement, ou sous l’impulsion des parents, l’enfant choisit d’aller dormir dans sa propre chambre, ou avec un frère ou une sœur. Avant de préférer à nouveau dormir près d’un corps humain, lorsque lui-même sera un mammifère adulte à la recherche de ce contact nocturne si rassurant depuis la nuit des temps.

Comment faire comprendre à un enfant que l’eau d’une rivière n’est pas potable alors qu’elle est si belle ? La pollution fait partie des dangers que les sens ne permettent pas d’appréhender. Pour la rendre compréhensible, les parents doivent faire référence à des données scientifiques. Et elles n’emportent que rarement la conviction de leurs enfants, car le danger annoncé reste pour eux abstrait et lointain.Le psychanalyste, quand il veut expliquer pourquoi les enfants ne doivent pas partager le lit conjugal, est dans une position semblable à celle de ces parents. Pire peut-être. Car, alors que l’on met rarement en cause la biologie, on conteste ce qu’il avance. On y voit l’effet d’a priori idéologiques. On fustige l’absence de " scientificité " : " Vous pouvez le prouver ? "

Les psychanalystes, c’est vrai, n’ont pas de microscope qui leur permettrait de montrer au monde le microbe du malheur. Mais ils ont les paroles de leurs patients. Et tous, enfants et adultes, disent de quel prix d’angoisse se paye toujours ce type de " promiscuité familiale ". Ces angoisses, certains adultes se souviennent de les avoir clairement ressenties. " Je me suis sorti moi-même du lit de mes parents. Un matin, à côté de ma mère, j’ai senti que je bandais. J’avais 12 ans. " " J’avais 5 ans. Je dormais entre mes parents. J’avais le souffle de mon père dans le cou. C’était comme le loup. J’avais peur. "D’autres n’ont pas de souvenirs de ce genre, mais découvrent, effrayés, en analyse, que l’angoisse a travaillé sourdement en eux. " J’allais retrouver ma sœur aînée dans son lit. Jusqu’à très tard. C’est la première fois queje pense que ç’a un rapport avec mes problèmes sexuels. "

Chez les enfants, la non-différenciation des corps, des places et des lieux n’attend pas toujours l’adolescence ou l’âge adulte pour produire son lot de souffrances. Elle provoque, dès le plus jeune âge, des retards et des problèmes de comportement que l’on peut clairement lui attribuer puisqu’ils cessent quand les parents remettent les choses en place.Pourquoi la promiscuité est-elle génératrice de symptômes ? Parce qu’il existe une sexualité infantile. Découverte que les tenants du " family bed " balayent implicitement d’un revers de main. Revenant, par là même, à la vision – rétrograde mais bien commode – d’un enfant préfreudien, dont l’" innocence " supposée autorise toutes les pratiques : " Nous, on n’y voit aucun mal… " " Vous " peut-être. Mais lui ? L’enfant n’est pas " innocent ". Dès le début de sa vie, il recherche, avec tout son corps, un plaisir que l’on peut dire " sexuel " puisque, in fine, en se focalisant sur les zones sexuelles, il donnera la sexualité adulte. Cette sexualité infantile s’accompagne, de plus, d’une sensibilité exacerbée que trop d’adultes ignorent.
En mettant les enfants dans la chaleur d’un lit, au contact d’autres corps, on provoque donc chez eux des émois érotiques et cela n’est pas sans conséquences. Au niveau de leur développement sexuel :

  • L’enfant, dans le lit de ses parents, n’a pas l’intimité dont il a besoin pour ses propres pratiques sexuelles, masturbatoires.
  • Il y est soumis à une inflation de sensations. Son cheminement personnel va donc se trouver modifié " de l’extérieur ".
  • La violence des sensations érotiques induites par les adultes est parfois telle qu’elle perturbe la conscience qu’a l’enfant des limites de son corps. On en retrouve la trace dans nombre de troubles qui touchent au corps : boulimie, anorexie, etc.
  • Enfin, la promiscuité associe toujours plaisir et culpabilité. Car les personnes (parents ou frères et sœurs) avec qui le plaisir est, de fait, partagé sont des personnes " interdites ".

Au niveau de leur développement général. Grandir implique en effet :

  • De savoir qui l’on est, de " s’individualiser ". Or trop de " corps à corps " avec les adultes empêche l’enfant d’acquérir une conscience claire de sa personne : " Moi, c’est moi et toi, c’est toi. "
  • De savoir quelle est sa place. Le family bed mélange les places, les générations et fait peu de cas de l’interdit de l’inceste.
  • De savoir qu’il y a un avenir où l’on pourra faire " comme les grands ". Si tout est possible quand on est petit, pourquoi grandir ? Tout cela est d’autant plus grave que, par le biais du family bed, les enfants sont faits otages de la sexualité de leurs parents, ils y participent. Soit parce que des relations sexuelles ont lieu dans le lit, quand ils dorment. Soit parce que la présence des enfants est, pour les parents, un alibi pour se passer d’une sexualité devenue insatisfaisante. Soit parce que les parents faisant fonctionner l’enfant comme " celui dont il faut se cacher ", attendent de l’avoir installé dans leur lit pour aller vivre leur sexualité dans une autre pièce. L’enfant fait alors clairement partie du scénario érotique de ses parents. Certains parents ne s’en cachent d’ailleurs pas. Annonçant le family bed comme un " renouvellement érotique ". Idée qui laisse rêveur si l’on se rappelle que les jeux sexuels des enfants se font en général en cachette de leurs parents…

Câlins du dimanche matin… chagrin ?

"Mais alors, le petit déjeuner dans notre lit, le dimanche matin, c’est mauvais ? " " Et s’il a fait un cauchemar, il peut venir ? " La " délimitation des territoires " entre leurs enfants et eux met souvent les parents dans l’embarras, voire dans la culpabilité. Ils manquent de repères. En fait, le problème n’est pas quantitatif : il ne s’agit pas de dire, par exemple, qu’" une fois par semaine serait possible, mais deux fois trop " ; que " dans ce cas, oui, mais dans ce cas, non ". Il est qualitatif. Ce qui compte pour un enfant, c’est que la chambre de ses parents – et a fortiori leur lit – soit repérée comme un lieu particulier. Le salon et la cuisine sont à tout le monde : papa-maman et enfants. La chambre des parents est à eux seuls. Pourquoi ? Parce que là, ils ne sont pas seulement " les parents des enfants ", mais le mari et la femme l’un de l’autre. Cette vie de couple existait " avant " les enfants et elle existera " après " eux quand, devenus grands, ils auront quitté la maison.

Cette limite, ce " no child’s land " est difficile à accepter pour l’enfant parce qu’il voudrait être " tout " et parce qu’il y joue ses problèmes œdipiens. Il fait donc feu de tout bois pour la franchir… même des cauchemars ! En conséquence, le problème n’est pas " le petit déjeuner dans le lit des parents ", mais le moment où, par le biais de celui-ci, l’enfant peut croire la barrière franchie. Aux parents d’écouter et d’évaluer. De façon à préserver la spécificité de ce lieu. Spécificité nécessaire pour l’enfant, mais aussi pour eux : comment rester amants si l’on n’a même plus un endroit où se retrouver ?